Les contes divers
(CONTES DU CAUCASE)

L'oiseau merveilleux de la bouche duquel tombent les
roses de mai...

Allah lui fasse grâce et le protège ! Le
démon qui habite dans ses entrailles (l'entendez-vous crier
ce fils du diable ! ) ne supportera pas le chant de l'Oiseau merveilleux,
ni le parfum de ses roses. Il prendra la fuite et le Padischah sera
délivré. »
- Eh bien, mets-toi à la recherche de cet oiseau et apporte-le
moi au plus vite, si tu tiens à ta tête, ordonna le tzarevitch.
Mais le moine était si vieux qu'il ne tenait guère à
la vie et rien ne l'effrayait plus. Il répondit simplement
au fils du Padischah :
- Je vois que le proverbe dit vrai : « Pose les pantoufles devant
les pieds d'un sot et il s'offensera de ce que tu ne l'en aies pas
chaussé. » Mon rôle de médecin est de prescrire
le remède, mais c'est à toi à te le procurer.
Comment pourrais-je savoir où se trouve l'Oiseau merveilleux
? Si je le savais, je serais en ce moment plus jeune et plus fort
que toi.
Là-dessus le vieux médecin s'en alla péniblement.
Alors le tzarevitch se mit à réfléchir. Où
et comment trouverai-je cet étrange oiseau ? se demandait-il
à chaque instant, car son père lui faisait grand’
pitié.
Il réunit tous les sages et les sorciers de son royaume, espérant
qu'ils lui procureraient ce qu'il cherchait. Mais personne ne savait
rien de l'Oiseau merveilleux. Furieux de ce qu'aucun d'eux ne sût
son métier, Melik Mamed les fit mettre tous à mort.
La guérison du Padischah n'en fut pas plus avancée et
il continuait à souffrir et à crier de plus belle.
Son bon fils restait plongé dans de longues méditations
et décida enfin qu'il irait lui-même à la recherche
de cet étrange oiseau.
- Si je ne le trouve pas, qui donc pourra le trouver ? se disait-il.
Je suis plus fort et plus intelligent que tous : je suis fils de Tzar...
Il sella donc son coursier noir aux pieds blancs, avec la selle royale
aux étriers d'or. Il revêtit sa cotte de mailles d'acier
de Damas, dont chaque maille était sertie d'une pierre précieuse,
et ce haubert d'un prix inestimable était si lourd que trois
hommes avaient peine à le soulever. Il se couvrit la tête
d'un casque de combat si brillant qu'il aveuglait comme le soleil
car il était recouvert de diamants taillés et surmonté
d'une pointe d'or qui devait non seulement l'orner, mais encore le
rendre plus résistant.
Puis le tzarevitch saisit de sa main gauche son solide bouclier fait
d'acier de Damas et de sept peaux de taureaux et sur lequel étaient
gravées en lettres d'or des paroles telles qu'il n'y en a pas
de plus efficaces, car ce sont celles du Coran. II fixa son arc à
la selle, près de son genou gauche et prit son carquois garni
de flèches. Près de son genou droit se trouvait encore
sa hache de combat. Cette dernière. arme était telle,
qu'un simple mortel n'aurait jamais pu la manier, mais entre les mains
d'un héros, elle faisait, d'un seul coup, voler les rochers
en éclats. Enfin, il se munit encore d'une longue et pesante
pique à pointe d'or et glissa un poignard dans sa ceinture.
De toutes ces armes, la meilleure était sans contredit son
sabre, Et ce qui rendait ce dernier précieux, ce n'était
ni son fourreau d'or orné de pierres précieuses, ni
sa lame où étaient gravés trois loups et dont
le métal ne se rouillait ni ne s'émoussait : c'était
sa poignée, car cette poignée avait été
faite de la crosse même que Mahomet éleva contre les
idolâtres, en disant : « Que la vérité paraisse
et que le mensonge s'enfuie! » Ces paroles étaient gravées
en lettres de diamants sur la poignée du sabre et celui qui
le brandirait dans la bataille n'aurait à redouter ni sorciers,
ni démons, ni aucune
puissance infernale.