Contes et légendes d'Europe
Provenant de Roumanie
L'Enfant Jésus et les mouches
Il ne faisait certes pas chaud dans l'étable
de Bethléem quand vint le temps où l'Enfant divin devait
être mis au monde. L'hôtelier y conduisit. Joseph et Marie
en leur disant: « Je n'ai malheureusement pas de place ailleurs;
faites en sorte de vous arranger pour le mieux ! » Joseph, en
frottant ses mains l'une contre l'autre pour les réchauffer,
soupira. « Brrr, qu'il fait froid ! Et dire qu'il n'y a pas
d'animaux dans l'étable. Comment peut-on y passer la nuit sans
geler?»
Vous savez tous pourtant qu'il y avait, dans cette étable,
un bœuf et un âne qui, sous la crèche, mangeaient
le fourrage qu'on leur avait donné. Mais l'étable était
vaste et l'haleine de ces deux animaux n'arrivait pas à la
réchauffer.
Le bœuf et l'âne se réfugièrent dans un coin
et se serrèrent l'un contre l'autre afin de n'avoir pas trop
froid eux-mêmes.
L'âne dit au bœuf : « Nous devrions nous efforcer,
à nous deux, de tiédir l'air avec notre haleine.»
- « D'accord!» fit le bœuf, et voici nos deux braves
bêtes qui, soufflant à qui mieux mieux, parvinrent à
réchauffer l'atmosphère. Elles y mirent une telle ardeur
qu'on aurait pu croire qu'il y avait un four dans l'étable.
Les mouches mêmes, qui avaient choisi les fentes les plus profondes
du bois pour y passer l'hiver, se ragaillardirent et commencèrent
à mettre le nez dehors. Elles se figuraient que le printemps
était déjà de retour.

Les mouches ont une petite tête ronde, avec deux yeux à
facettes. Elles voient les choses plus belles, plus colorées
que les autres créatures. Dans leur minuscule cervelle roulent
aussi des pensées plus curieuses et plus intelligentes. C'est
pourquoi elles ne tardèrent pas à remarquer qu'il se
passait, dans l'étable des événements mystérieux.
« Je m'en vais interroger l'âne, dit l'une d'elles, l'âne
qui souffle comme un forcené. Ce n'est sûrement pas sans
raison. » Mais le baudet, contrarié, ne répondit
pas et, agitant ses oreilles, envoya l’importune rouler dans
la paille. « Le bœuf, lui, me renseignera », se dit-elle
quand elle eut recouvré ses esprits. Mais celui-ci soufflait
avec une telle ardeur et faisait de son haleine un tel nuage de vapeur
que notre mouche jugea prudent de ne pas aller s'y brûler les
ailes.
Sur ces entrefaites, l'Enfant Jésus fit son entrée dans
le monde. Lin ange l'apporta et le déposa dans la crèche.
Aussitôt une foule de gens se trouva rassemblée dans
l'étable. Les bergers étaient accourus de leurs champs
et, se pressant pour franchir la porte basse, ils entourèrent
Marie, joseph et la crèche sainte. Ce ne fut qu'une exclamation:
« Quel enfant merveilleux ! » Une petite mouche, qui s'était
posée en confiance sur les naseaux de l'âne, puis presque
sur le mufle du bœuf, ne se contint plus. Poussée par
la curiosité, elle vola au-dessus des têtes et alla jeter
un coup d'œil au nouveau-né.

« Vraiment, s'écria-t-elle, c'est bien là le merveilleux
enfant divin! »
Mais les trois Rois, où donc s'étaient-ils attardés
? Les voici précisément qui frappent à la porte
et entrent lentement, majestueusement, comme il convient à
des Rois Mages. C'est Balthazar, le roi maure, que les mouches trouvèrent
le plus beau. Et, sans façon, elles se posèrent sur
les pointes de sa couronne d'or. Un parfum subtil, comme elles n'en
avaient jamais respiré, monta jusqu'à elles : c'était
l'encens que les Rois brûlaient. Mais la fumée les obligea
à regagner leur retraite où elles se morfondirent, car
leur plus grand désir était d'admirer, elles aussi,
l'Enfant Jésus.
Le petit Jésus, dans sa crèche, sourit aux Rois Mages,
puis il regarda les mouches et il eut pitié d'elles. D'une
voix faible, si faible que les humains ne la percevaient pas, il dit
aux mouches en leur langage: « Volez bien haut, là où
la fumée de l'encens ne monte pas et appliquez-vous contre
le plafond. De là, vous pourrez me regarder tranquillement
et me chanter un petit air. »
Les mouches eurent peine à croire qu'il était possible
de se tenir et de marcher, la tête en bas, contre un plafond.
Elles essayèrent pourtant et leur réussite les combla
de joie. En se promenant de-ci de-là, elles purent, de là-haut,
contempler tout à leur aise le petit Jésus. Elles se
mirent à chanter si harmonieusement que les bergers et les
Rois Mages levèrent la tête et écoutèrent.
Et quel ne fut pas leur étonnement de voir les mouches aller
et venir sur le plafond.
C'est depuis ce jour-là que les mouches marchent la tète
en bas quand il leur en prend la fantaisie. Le petit Enfant Jésus,
dans sa crèche, leur en a donné le pouvoir.
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